Aborder la peinture de Francis Bacon n’est pas une mince affaire. L’occasion nous en est donnée au Centre Pompidou du 11 septembre 2019 au 20 janvier 2020 galerie 2 niveau 6. La dernière exposition de Bacon à Paris date de 1971 au Grand Palais. C’est dire s’il y avait urgence ! Mais attention : éloignez les enfants et les âmes sensibles. Bacon est un peintre “trash” qui se nourrit du chaos, des affres de la vie humaine, des souffrances, de la violence, des drogues, de la difficulté d’être homosexuel qui, rappelons-le était encore un délit pénal jusqu’en 1967 en Angleterre et 1982 en Irlande. Même si un phénomène de mode gravite autour de son nom, du fait de sa cote vertigineuse, Bacon n’est pas fait pour tout le monde. N’en déplaise au Quidam, c’est “hardcore” Bacon ! 

Bacon n’est pas fait pour tout le monde. N’en déplaise au Quidam, c’est “hardcore” Bacon ! Il s’agit de corps abîmés, décharnés, disséqués, violentés, déstructurés, meurtris, crucifiés… 

Mais de quoi parle-t-on ?

Il s’agit de corps abîmés, décharnés, disséqués, violentés, déstructurés, meurtris, crucifiés… de visages écrasés, boursouflés, desquamés. Il s’agit d’éclaboussures de sang, de sperme, de transpiration. Aller à une exposition ou à une rétrospective Francis Bacon n’est pas une promenade de santé qui nous laisse indifférent. Bacon ce n’est pas Caillebotte, avec tout le respect que je dois à Caillebotte bien sûr.

Trois portraits. Portrait posthume de George Dyer, Autoportrait, Portrait de Lucian Freud, 1973 (panneau de gauche)

“Ma peinture n’est pas violente, c’est la vie qui est violente. J’ai subi des violences physiques, j’ai même eu les dents cassées. Sexualité, émotion humaine, vie quotidienne, humiliation personnelle (il suffit de regarder la télévision), la violence fait partie de la nature humaine. Même dans le plus beau paysage, dans les arbres, sous les feuilles, les insectes se dévorent les uns les autres ; la violence fait partie de la vie”. Francis Bacon

 

Triptyque inspiré de l’Oresteia d’Eschyle 1981

Vous allez en prendre plein la vue et plein les tripes

Lui-même affirmait à propos de sa peinture et de son rapport à la VIOLENCE : “… en art on en est arrivé à un point où l’on a envie de sensations à l’ÉTAT BRUT qui vous arrivent d’un coup, sans tout ce système de transmission plus ou moins sophistiqué qui fonctionne plus ou moins bien. Je suis un homme qui vit ce temps et ce monde. Je n’ai pas le choix et en plus je suis quelqu’un qui regarde beaucoup. Vous parlez de violence. Toute ma vie s’est passée dans un climat de violence”.

Ses œuvres provoquent des réactions extrêmes, souvent même une intense répulsion, tant elles sont violentes et expressives.

FRANCIS BACON

De qui s’agit-il ?

Pour une fois, la bio de ce génie est incontournable. Francis Bacon, peintre irlandais, naît le 28 octobre 1909 à Dublin de parents anglais. Asthmatique depuis l’enfance, il est MALTRAITÉ par son père et connaît une grave crise lorsqu’il révèle à sa famille son HOMOSEXUALITÉ. En 1925, alors qu’il n’a encore que 16 ans, il part s’installer à Londres en raison de la relation conflictuelle qu’il entretient avec son père. Il s’installe comme décorateur et designer. Il crée ses premiers dessins et aquarelles à la suite de l’exposition “Cent dessins par Picasso” à laquelle il assiste en 1927 à la Galerie Rosenberg.

TROIS ÉTUDES au pied d’UNE CRUCIFIXION 1944

En 1933, il peint l’une de ses premières CRUCIFIXIONS. Et c’est en 1945, lors d’une exposition londonienne et après avoir détruit une grande partie de son œuvre, que son talent éclate au grand jour, à travers le triptyque “Trois Études de figures au pied d’une crucifixion”. Certes, Bacon rencontre son public, mais ses œuvres provoquent des réactions extrêmes, souvent même une INTENSE RÉPULSION, tant elles sont violentes et expressives.

En 1953, l’artiste ré-interprète le portrait du pape Innocent X de Vélasquez puis, deux ans plus tard, peint son premier autoportrait.

Bacon signe un contrat en 1958 avec la Marlborough Fine Art Gallery de Londres.

Trois Études de figures au pied d’une crucifixion 1962.

En 1961, il installe son atelier au-dessus d’anciennes étables dans les Reece Mews de South Kensigton, atelier qu’il conservera jusqu’à la fin de sa vie. Francis Bacon réalise alors un premier grand TRIPTYQUE “Trois études pour une crucifixion” et la Tate Gallery lui consacre une première grande exposition avec pas moins de 90 oeuvres.

Il utilise la PHOTOGRAPHIE comme moyen d’expression, photographiant ses amis proches. Il peut ainsi élargir continuellement son répertoire d’attitudes et de poses.

Dans les années 1960, Bacon peint donc plusieurs triptyques emblématiques, dont Trois Figures dans une pièce en 1964. Après le suicide de son compagnon George Dyer en 1971, l’Artiste réalise trois triptyques où il décrit de manière obsessionnelle la scène du drame.

      George Dyer Seated in Underwear in Francis Bacon’s Studio, c. 1965

Ses amis ? ses amants ?

Fouillez un peu dans l’underground des années 60 à 80 de Paris à New York en passant par Londres. L’époque du Sept et du Palace. La table et le clan de Karl Lagerfeld : Jacques de Bascher, Andy Warhol, Kenzo, David Hockney… Petit milieu et grands talents s’il en est ! Décadence et créativité ultime. À la fin de sa vie, Bacon a entretenu une amitié secrète avec le photographe Francis Giacobetti.

Et puis, finalement, Bacon, asthmatique depuis l’enfance, succombera à une pneumonie lors d’un séjour à Madrid au printemps 1992.

“La mort, c’est stupide. Comme j’ai de l’asthme, j’ai peur de mourir étouffé, c’est très angoissant. J’y pense tous les jours”. Francis Bacon

Son tryptique Trois études de Lucian Freud a été vendu aux enchères chez Christie’s en 2013, au prix record de 142,4 millions de dollars.

Bacon intrigue et divise

Néanmoins sa cote sur le Marché de l’Art est au firmament. Son triptyque “Trois études de Lucian Freud”, représentant le petit-fils de Sigmund Freud – son ami, Lucian Freud– a été vendu aux enchères chez Christie’s en 2013, au prix record de 142,4 millions de dollars (105,9 millions d’euros). C’est, à ce jour, une des enchères les plus élevées au monde pour une œuvre d’art. So BANKABLE Bacon !

Alors, que doit-on penser de BACON ?  C’est violent, déchirant, malsain, informe, difforme.  Bref, c’est BACON.

On aime ou on déteste, mais sa peinture ne laisse pas indifférent.

NOUS, on adore !

BACON EN TOUTES LETTRES
Centre Pompidou
Du 11 septembre au 20 janvier 2020
Billet exclusivement en ligne sur centrepompidou.fr